Ennezat

Historique

Un peu d’histoire…

Ennezat fut, au Moyen Age, un centre économique et religieux important. C’est en effet en ce lieu que Guillaume III dit « teste d’étoupe », reçut en 995, serment de fidélité des seigneurs auvergnats. A cette époque, Ennezat se compose de son actuel quartier Ouest, appelé plus tard Ennezat-Le-Chastel. Ce site regroupait des habitations autour d’une motte, aujourd’hui disparue. Une enceinte, d’environ 200 mètres de long ( axe nord-sud ) pour 150 mètres de large, entourait le tout. Aux alentours de 1060, Guillaume VI, duc d’Aquitaine et suzerain d’Auvergne, entreprit la construction de l’église paroissiale. Peu de temps s’écoula avant la création d’un chapitre ( 1065 ) qui fut placé sous le patronage de Saint-Victor et de Sainte-Couronne. Par la suite s’éleva un château dont l’emplacement exact n’est pas clairement défini.

C’est au XIII siècle que le chœur de l’église fut reconstruit en style gothique. A cette même époque, fut également fondée une ville neuve de plan rectangulaire, à l’Est d’Ennezat-Le-Chastel. Il faut très certainement y voir un indéniable développement politique et économique du lieu, qui possédait déjà deux foires ainsi qu’un marché permanent. Signalons la présence à cette époque, d’une communauté juive assez importante dont le cimetière occupe la partie externe de l’angle sud-est de la nouvelle enceinte. Cette présence pourrait être liée à ce fort développement économique.

En 1373, sous Guillaume Flotte, les Augustins s’installent aux portes de la cité, puis quelques années plus tard ( 1401 ) et pour des raisons de sécurité, ils furent autorisés à s’installer « intra-muros ». Avec la fin de la Guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, la communauté nazadaire vit son renom s’amoindrir et connut, à partir du XVIII siècle, une évolution liée à celle de la région de la Limagne.

L’église ou « Cathédrale des Marais » ( XI et XIII siècle )

Bâtiment communal, inscrit aux monuments historiques de France, elle a probablement été érigée grâce aux dons des rois Henri II d’Angleterre et Philippe Auguste au XI siècle en style roman. Puis au XIII siècle les chanoines voulurent la rebâtir dans le goût gothique. Toutefois, pour des raisons qui nous échappent, la reconstruction fut limitée au chœur et à la nef.

L’église actuelle comprend un narthex et une nef de quatre travées accostée de bas-côtés, un transept dont le carré est surmonté d’une coupole centrale, un chœur plus large et plus élevé que la nef, terminé par un rond point polygonal qu’entoure un déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes..

Divisé en trois travées, le narthex est surmonté d’une tribune ouvrant sur la nef par des arcades en plein cintre subdivisées en arcades secondaires par une colonne monolithe.

Couverte d’un berceau en plein cintre sans doubleau la nef frappe par son étroitesse. Des piles carrées cantonnées de trois colonnes et restées nues du côté du vaisseau central soutiennent les grandes arcades. Appareillées du seul côté de la nef, ces arcades se fondent de l’autre dans le blocage des voûtes d’arête des collatéraux dont les travées sont délimitées par des doubleaux élevés sur de minces dosserets. Ouvrant par des baies en plein cintre recoupées par une colonnette et divisées elles aussi en travées par des doubleaux, les tribunes sont voûtées en quart de cercle et éclairées par d’assez grandes fenêtres fortement ébrasées.

Au dessus des grandes arcades en plein cintre que soutiennent les piles du carré du transept, d’autres arcades reçoivent sur les extrados formant cage une coupole ovoïde portée par des trompes. Les croisillons sont divisés en deux travées, l’une est voûtée d’un quart de cercle qui contrebute la coupole. L’autre est recouverts d’un berceau.

Etablies sur un plan barlong les quatre travées inégales du chœur sont délimitées par des piles composées d’un faisceau de colonnes et de colonnettes. Le rond point est voûté de six nervures semblables ainsi que les chapelles rayonnantes. Les trois premières travées du chœur sont établies sur un plan barlong et délimitées par des piles. Elles sont voûtées d’une croisée d’ogives comme le sont aussi les bas-côtés et les compartiments trapézoïdaux du déambulatoire.

La sacristie, appuyée au bas-côté septentrional du chœur comprend deux travées de plan carré voûtées de quatre branches d’ogives.

D’importants travaux, fort critiqués, furent effectués au XIX siècle. De 1846 à 1856 l’architecte des Monuments Historiques rétablit le mur sud à son ancienne place et reprit les murs du narthex. En 1859 il remonta les contreforts du chœur et en 1870 consolida la tour centrale, le chœur et la sacristie et rebâtit le clocher-porche. Il est à noter que pour toutes ces restaurations on employa malencontreusement partout la pierre de Volvic alors que toutes les parties romanes avaient été réalisées en arkose blonde. La façade a été complètement reprise et la rose placée au-dessus de la porte n’est pas à son emplacement d’origine.

Le mobilier de l’église

On remarque un important lutrin à deux aigles affrontés en bois sculpté par A. Fougerel ( 1773 ), Saint Blaise assis, statue en bois polychrome du XVII siècle, Saint Jacques le Majeur, bas-relief en bois du XVII siècle, la mise au tombeau, toile peinte encadrée ( 1650 ), les portes intérieures de la sacristie ( 1699 ) en bois sculpté par Noël Mercier, stalles dans le chœur, pyxide en émail champlevé du XII siècle ( époque mérovingienne ).

Les peintures murales

Elles sont particulièrement remarquables. Le Jugement dernier actuellement sur le mur gouttereau du bas-côté sud, décorait primitivement une murette clôturant le chœur. En 1405 Etienne Horelle, curé d’Ennezat, et sa tante Audine ont demandé à l’artiste de représenter la vision traditionnelle de saint Mathieu dont la signification, pourtant si évidente, est complétée par les deux inscriptions  » PRIA POUR MOY QUI ME REGARDES QUAR TYEL SERA QU(nt) GUE TU TARDES FAY BIEN TANDIS QUE TU VIS N’AURAS NULZ AMIS » »REGUAR DA LA GRANT PITYE DE NATURE HUMAYNE COME(n)T VIENT A DESTRUCTION ET FORMAVILAYNE »

Cette peinture à la cire d’une composition cohérente, centrée sur le Christ, est d’une facture irréprochable. Le maître d’Ennezat était sans doute en relation avec l’entourage artistique du duc Jean de Berry et les peintres parisiens de la fin du XIV siècles.

Dans la deuxième travée du collatéral nord se trouve le dit des Trois morts et des Trois vifs. Peint à fresque en 1420 pour Robert de Bassinhac, chanoine d’Ennezat, en souvenir de sa famille disparue brutalement, cette composition funéraire et votive rappelle l’importance du culte de la vierge et des saints. Au registre intérieur le donateur présente à la Vierge, son père, sa mère, ses frères et sœurs accompagnés de leurs saints patrons. Au-dessus, trois élégants damoiseaux à cheval font face à la vision macabre incarnée dans trois spectres décharnés se tenant par la main. Traduisant un thème cher au duc de Berry, le peintre a probablement subi l’influence des artistes fréquentant son proche palais Riomois.

Datant de 1373 à 1394, le service régional de l’archéologie entreprit en janvier 1992 une série de sondages archéologiques. Il n’est apparu aucune structure dans les parties sondées : maçonnerie, sol ou même poche de démolition sont totalement absentes. Ce vide est lui-même tout à fait intéressant puisqu’il évacue l’hypothèse de la présence du couvent des Augustins sur la partie sondée. La zone de sépultures semble se limiter à la partie centrale du terrain. Une vingtaine de sépultures a pu être fouillée.

La chapelle Saint Jacques

En 1993, lors de la construction de la déviation d’Ennezat, des fouilles ont été entreprises au lieu dit « La Chapelle ». Peu de sources écrites mentionnent la chapelle. Cette chapelle figure sur la carte de Cassini sous le vocable de Saint Jacques ( XVIII siècle ) ainsi que dans les comptes rendus des visites pastorales des évêques de Clermont-Ferrand au chapitre d’Ennezat de 1636 à 1730. Les écrits concernant les visites antérieures qui datent de 1455 à 1490 n’ont pu être décryptés en raison de la langue et de l’écriture utilisées. Sur le cadastre napoléonien daté de 1814 elle n’est pas mentionnée. La disparition de l’édifice durant le XVIII siècle s’est produit vraisemblablement avant la révolution.